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Cours: Prévenir et agir face aux Risques Psycho...
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Introduction

En 2025, pour la deuxième année consécutive, les arrêts de travail pour causes psychologiques dépassent ceux liés aux causes physiques. Les troubles anxieux et dépressifs ont doublé entre 2007 et 2019. Les RPS sont devenus un enjeu de santé publique – et un enjeu légal pour toute entreprise, car l’obligation de sécurité physique et mentale incombe à l’employeur.

Qu’est-ce qu’un risque psycho-social ?

Un RPS, c’est l’exposition répétée à des déséquilibres professionnels qui finissent par “consumer” les individus. Ce n’est pas un événement isolé qui crée le risque : c’est leur accumulation, leur interaction, leur durée dans le temps.

Les 6 facteurs de RPS abordés dans cette formation

Nouzha Boumansour, psychologue du travail, et Patrice Georget, enseignant-chercheur en psychosociologie à l’Université de Caen, s’appuient sur la cartographie de référence établie en 2011 par le collège d’experts mandaté par le ministère du Travail :

  • L’intensité du travail – surcharge, objectifs contradictoires, interruptions permanentes
  • Les exigences émotionnelles – contact avec des publics difficiles, obligation de masquer ses émotions
  • Le manque d’autonomie – absence de marges de manœuvre dans la façon de travailler
  • La qualité des rapports sociaux – harcèlement, isolement, sentiment d’injustice
  • Le conflit de valeurs – devoir faire des choses contraires à son éthique ou à son sens du travail bien fait
  • L’insécurité de la situation de travail – incertitude sur l’avenir professionnel, peur d’être déclassé

Chaque module propose des exemples concrets issus du terrain, des outils de diagnostic et une check-list de prévention à utiliser régulièrement.


Nouzha : Bonjour à toutes et à tous, Bonjour Patrice

Patrice : Bonjour Nouzha, Bienvenue dans cette formation destinée à prévenir les risques psycho-sociaux.

Nouzha : Je m’appelle Nouzha Boumansour, je suis psychologue du travail, je suis sollicitée dans les entreprises (PME, ETI et grands groupes) pour réaliser des expertises et proposer des actions de prévention suite à des signalements. J’agis au quotidien pour repérer et remédier à des situations dégradées, auprès de managers et des équipes proches du burn-out. Je vais m’appuyer sur mes expériences de terrain pour apporter dans cette formation des analyses et des bonnes pratiques.

Patrice : je suis enseignant-chercheur en psychosociologie à l’Université de Caen, ancien directeur de l’IAE, l’école de management de l’Université. En tant que manager j’ai dû mettre en place des actions pour prévenir les risques psycho-sociaux, et réagir lorsque cela était nécessaire. En tant qu’enseignant-chercheur je vais m’appuyer sur les enquêtes réalisées ces dernières années pour extraire ce qui marche, et ce qui ne marche pas, dans la lutte contre les RPS.

Nouzha : nous allons vous présenter l’état des lieux, vous apporter des témoignages, des méthodes, nos réussites mais aussi nos difficultés, les obstacles et les parades dont nous avons pu évaluer l’efficacité.

Patrice : nous nous appuierons sur le cadre juridique, sur les connaissances issues de la psychologie et de la sociologie du travail, de la gestion d’entreprise, et les bonnes pratiques qui permettent aux managers d’accompagner les risques au quotidien, pour leurs collaborateurs mais aussi pour eux-mêmes.

Nouzha : Pourquoi une formation sur les risques psycho-sociaux ? D’abord parce que les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’ANDRH montre qu’en 2025, et pour la seconde année consécutive, le nombre d’arrêts de travail pour des causes psychologiques est supérieur à celui lié à des causes physiques. L’évolution des maladies psychiques liées au travail augmente de façon continue depuis une quinzaine d’années, qui plus est elle est fortement inégalitaire : en 2019, 6% des femmes sont touchées contre près de 3% des hommes. Ces chiffres ont doublé entre 2007 et 2019, les affections les plus fréquemment signalées sont les troubles anxieux et dépressifs, pouvant aller jusqu’à des cas limites comme le burn-out, mais aussi dans les cas les plus graves au suicide. Vous l’avez compris, c’est un enjeu de santé publique.

Patrice : c’est aussi un enjeu pour les entreprises et les établissements publics, pour des questions de responsabilité légale, de performance et de climat social. L’obligation de sécurité physique et mentale incombe à l’employeur, c’est dans le code du travail. Pour cela les entreprises doivent disposer d’une culture managériale au RDV, avec des formations adaptées, des grilles de lecture communes et des outils concrets pour prévenir et identifier les RPS. C’est ce que nous vous proposons dans ces modules.

Nouzha : Mais au fait, qu’est-ce qu’un risque psycho-social ? c’est l’exposition à des éléments professionnels qui, à force de répétition et d’amplification, vont entraîner une décompensation des individus et du groupe. Un peu comme si la personne allait se consumer, à force de devoir gérer des déséquilibres professionnels répétés, insistants, ou imprévisibles. Les causes sont multiples, et chacun va y faire face et réagir différemment selon sa personnalité, son expérience. Mais lorsque le seuil de saturation est atteint, rares sont les personnes qui résistent.

Patrice : vous connaissez les effets des RPS, tant sur le plan psychologique que physiologique. Les personnes qui font face durablement à des conditions dégradées peuvent développer des comportements de compensation inadaptée, par exemple des addictions à l’alcool ou des produits stupéfiants, ou arriver à un véritable syndrome d’épuisement professionnel, que l’on appelle le burn-out. Pas facile pour un manager d’appréhender l’ensemble de ces facteurs de risque, pour ses équipes mais aussi bien entendu pour lui-même : en effet les managers sont eux aussi concernés.

Nouzha : Chaque entreprise, publique ou privée, est unique. Pourtant, quand on regarde de près les enquêtes réalisées depuis une vingtaine d’années, on s’aperçoit que les mêmes causes génèrent les mêmes problèmes. En 2011, un collège d’experts mandaté par le ministère du travail a proposé une cartographie des RPS, qui fait aujourd’hui autorité et sert de cadre pour faire une prévention efficace. Cette grille comporte six grandes catégories dont le contenu est enrichi régulièrement pour tenir compte des nouveaux risques.

Patrice : Dans les séquences suivantes nous allons vous présenter chacune des six catégories de risque, la manière de les repérer, de les prévenir, à l’aide d’exemples issus d’entreprises auprès desquelles nous avons travaillé. Puis nous vous proposerons des outils destinés à vous aider à réaliser des diagnostics. L’objectif est d’avoir une boîte à outils sur laquelle se référer régulièrement pour faire une check-list, pour ne rien oublier et ainsi naviguer plus sereinement dans la prévention des RPS.